Envois, ex-libris et autres inscriptions

Un livre, ce n’est pas seulement un support de lecture. On ne peut s’empêcher d’écrire sur les gardes blanches ou en marge du corps de texte. Parfois, on corrige une « coquille » mais jamais on ose recouvrir les caractères imprimés de notre écriture. Voici quelques exemples de mentions manuscrites découvertes au gré de mes trouvailles…

Prescription

Voici un envoi d’auteur à un de ses lecteurs qui… lui a sauvé la vie ! Le médecin a glissé en première page, en guise de pense-bête, une de ses feuilles d’ordonnance sur laquelle il a couché ses souvenirs. Je vous laisse lire sa prescription… Preuve que l’alcool, même « au singulier », devrait toujours être consommé avec modération.

C’est cher !

Quand l’un fait une bonne affaire, l’autre… Au-delà du côté humoristique, comment interpréter cette mention ? Aucun bouquiniste ou libraire ne se vanterait d’avoir « vendu cher » un livre en le donnant à son client. Et pourquoi l’adresse ?

Dracula

Et puis il y a les ex libris « cool », comme celui-ci, trouvé sur un exemplaire d’un récit contemporain inspiré par le Dracula de Bram Stoker. On dirait que la belle blonde « façon pulp-comics » découvre au dernier instant, avant de se faire mordre au cou, que le vampire, c’est Jipé !

Une dédicace en créole, ce n’est pas courant. Trouvé avec une fiche bristol « bleu de mer »…

Alphonsine Benard

Parce qu’il faut mieux être prévoyant, en cas d’oubli. Un manuel scolaire de 1871, en assez bon état de conservation. On en a pris soin. Alphonsine, ton livre n’est pas perdu ! Il est toujours dans l’Yonne. Mais je ne pourrais jamais te le rendre…

Recette de cuisine

Une recette de salade de fruits (sic) juste avant la table (des matières) d’un ouvrage rosicrucien intitulé « Le nouvel homme ». Louis- Claude de Saint-Martin en perd de son sérieux.

Et pour finir, deux belles inscriptions manuscrites circulaires (avec jeu de transparence) sur les gardes blanches d’un exemplaire des « Lépreuses ». Avec un classique de la trouvaille livresque : l’article de presse découpé puis inséré en début d’ouvrage. Sentencieux mais léger, presque poétique à la façon des calligrammes.

Apprendre les bonnes manières avec Liselotte

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir quelques pages d’un « best seller » du guide du savoir-vivre au féminin : Le Guide des Convenances par Liselotte (chez P. Orsoni, sd). Il s’agit de la 12e édition imprimée sans doute au début des années 30.


« Populaires des usages mondains » ? Contradictoire, non ? Ce manuel s’adressait-il à des « parvenues », aux lectrices de la classe moyenne qui désiraient s’embourgeoiser ? Une forme de vulgarisation dans tous les sens du terme…

Après quelques recherches sur internet, il s’avère que le pseudonyme « Liselotte » aurait été utilisé pour désigner plusieurs collaborateurs des éditions Orsini. La BNF indique qu’un certain Bouvard serait l’auteur de cette « Nouvelle encyclopédie populaire des usages mondains » comme il est précisé en couverture.
Bref, Liselotte, est un homme qui explique aux dames de son époque comment ne pas manquer à leur devoir de gardiennes des mondanités. « Elle » est également l’auteur de deux autres guides, l’un consacré à l’art de la correspondance, l’autre au « Bonheur au foyer » — je n’ai jamais compris comment la recette du bonheur pouvait tenir dans un livre.

Introduction ou « De l’importance de la politesse »

La publicité d’abord. C’est à ça qu’on reconnaît un guide populaire !

Le parfait jeune homme

De la naissance au deuil en passant par le mariage, tous les stades de la vie d’un individu sont abordés dans un guide du savoir-vivre. C’est normal !
Cependant, je vais surtout m’intéresser aux chapitres consacrés au mariage. En effet, sur les 448 pages que compte cet ouvrage, plus d’une centaine d’entre elles traitent des différentes étapes qui mènent de la rencontre au mariage… jusqu’au divorce ! Au XXIe siècle, le mariage n’est plus l’institution qu’il fut autrefois. Il faut lire ces pages pour s’en rendre compte et commencer un voyage dans une autre France…

La jeune fille modèle 1

Apparemment, en 1930, « La jeunesse n’était plus ce qu’elle fut » ! Encore un coup des Anglais !

La jeune fille modèle 2

« La jeune fille, bien pénétrée des lourds devoirs qui pèse sur l’épouse » p.69. Pas de doute, c’est un homme qui a écrit ces pages…

Choisir son futur époux : comment ne pas se tromper

Le mariage d’amour est présenté comme le seul modèle viable. C’est là une marque de modernité. Autrefois, le mariage était une affaire bien trop sérieuse pour y mêler les sentiments, si nobles fussent-ils.

Mariages

Parce qu’on ne marie pas que des jeunes gens, le manuel envisage plusieurs cas…

Parce qu’un jour, l’amour finit…

Dernière double page : on passe sans transition des superstitions liées au mariage (rapport de domination) à la rupture de la promesse de mariage.

Voyage de noces

Mais, si tout se déroule comme prévu, la cérémonie à peine achevée, les époux partent en voyage de noces.
Avoir l’air de deux « jeunes tourtereaux », c’est si ridicule… Une fois marié ! Néanmoins, il est vrai que, jadis, il était mal vu de manifester son amour en public. Pudibonderie ou honnête pudeur ?
Restera à savoir comment bien élever sa progéniture…

Maufrigneuse au Creusot (Bourgogne)

Aujourd’hui je partage avec vous quelques pages de Maufrigneuse. Il s’agit d’un court article paru dans le journal Gil Blas au mois d’août 1883. A une époque où il n’était pas toujours bien vu pour un écrivain de tremper sa plume dans l’encre du journalisme, Guy de Maupassant, alias Maufrigneuse, s’enthousiasme pour Le Creusot. Avis aux visiteurs bourguignons !

Première page style vif et plein de couleurs
pp. 2 – 3 une féérie qui « prend à la gorge »
pp. 4-5 Le souffle brûlant des hauts fourneaux.
pp. 6-7 Le spectacle bouleversant de la sidérurgie
pp. 7-8 Une expérience éreintante

De la surveillance des citoyens ou le livret d’ouvrier de Jean-Marie REVILLET (1858 – Auxonne).

Peut-être pensez-vous, influencés par la théorie du complot, que la surveillance, voire l’espionnage, des citoyens par l’Etat et par différentes formes d’autorité est un mal du siècle. Détrompez-vous, nos ancêtres aussi étaient « fliqués » et devaient rendre des comptes en bien des occasions. Aujourd’hui, ouvrons un livret d’ouvrier.

Couverture usagée pour un document administratif du quotidien

Le livret d’ouvrier est un document officiel créé sous le Consulat au début du XIXe siècle afin de satisfaire au besoin d’une plus stricte organisation des corporations de métiers et de faciliter le contrôle de la mobilité des populations par les forces de l’ordre ou, si l’on préfère, afin de « domestiquer le nomadisme des ouvriers ». Bref, de suivre les travailleurs à la trace.
Il reprend les caractéristiques du billet de congé qu’ils devaient posséder lorsqu’ils changeaient de patron. Sous Napoléon, la réglementation généralisa la détention du livret d’ouvrier puis l’usage disparut peu à peu avant le XXe siècle.

« Nouveau » depuis la loi de juin 1854

C’est justement pendant la période napoléonienne que Jean-Marie REVILLET vécut. Les premières pages sont des rappels à la loi (celle de 1854): le livret doit être acquis auprès de la Préfecture ou du Maire pour un montant plafonné à 25 centimes. Le patron doit remplir le livret et un registre à l’arrivée et au départ de son ouvrier et il doit être paraphé par un commissaire de police ou par le maire. Ainsi, en théorie, toute la carrière de M. Revillet tient dans ce carnet. S’il ne le détenait pas lors d’un contrôle des gendarmes, il pouvait alors être considéré comme passible du délit de « vagabondage » !

Le carnet doit bien sûr permettre d’identifier l’ouvrier, telle une pièce d’identité (voir ci-dessus). Le premier feuillet porte le cachet de la municipalité, et contient le nom et le prénom de l’ouvrier, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement, la désignation de sa profession et le nom du maître chez lequel il travaille. Comme le veut la loi, les premières pages ont été visées par le commissariat de police (Chalon-sur-Saône) et il nous permet d’apprendre que Jean-Marie Revillet avait un physique bien ordinaire : de taille commune (1,60 -70 à l’époque, c’est la norme) et aucun signe distinctif mentionné dans la description du visage. Ce jeune homme travailla en qualité d’ouvrier apprenti à 19 ans, chez M. Prieur, mouleur à Chalon (voir ci-dessous).

Grâce aux mentions manuscrites des feuillets suivants, nous savons qu’au 28 janvier 1860, Jean-Marie Revillet quitte son maître d’apprentissage qui l’avait accueilli fin 1858. Après divers engagements à Chalon ou Chagny, le jeune homme travailla chez le fondeur Henry, successeur de l’ancienne fonderie Prieur. Un retour aux sources professionnelles en quelque sorte… Retour interrompu par la période 1870-71 plus troublée (guerre contre la Prusse). Le carnet devient muet à partir de 1880 bien que le livret d’ouvrier fût obligatoire jusqu’en 1890.

A la suite des feuillets vierges, on trouve un rappel à la réglementation, notamment les règles concernant le délit de coalition (aboli en 1864). Coalition d’ouvriers qui empêcheraient, par exemple, des non-grévistes d’aller travailler.

Après les droits et les devoirs des différentes parties signataires d’un contrat d’apprentissage, un tableau des distances Paris- chefs lieux de province clôt le carnet. Outil nécessaire au temps où les compagnons et les artisans devaient accomplir leur « Tour de France ». Enfin surtout utile aux Parisiens…

Avec les équivalences en lieues anciennes

Pour conclure, si vous vous demandez ce que pouvaient bien faire les ouvriers lorsqu’il y avait des « trous dans leur CV » comme on dit maintenant, rappelez-vous que nos ancêtres n’avaient pas le droit au chômage…
Pour les gendarmes de l’époque, pas de doute, chez un ouvrier, ce qui expliquait ces « trous », c’étaient la maladie, la guerre ou… la prison.

Photographie ancienne et Morvan de jadis

Bœufs nivernais à la fête

Les Buteaux, commune libre
(Nièvre, août 1931)

Je résiste rarement au charme des photographies anciennes, surtout lorsqu’elles ont quelque chose d’intrigant à mes yeux. Cette semaine, je vous propose une courte réflexion à propos de cette photographie d’un étrange charroi du Morvan.

J’ai trouvé cette photographie (18 x 24 cm) sur le stand d’un de mes collègues brocanteur à Sens à l’occasion d’un salon des collections.
Un tampon sec dans l’angle inférieur droit nous apprend que nous devons ce cliché à J. Grassot à Château-Chinon, une des capitales du Morvan nivernais. Au verso, écrit au crayon à papier, on peut lire cette mention : « Les Buteaux (1931) ».
Contrairement à ce que vous pensez au premier abord, il ne s’agit pas d’une banale photographie de mariage. Certes, on y voit un cortège, certes, le char et les bœufs ont été fleuris mais approchez-vous un peu et observez attentivement la scène…

Le cortège

Le cortège est principalement composé d’enfants. Garçons et filles portent leurs habits du dimanche mais certains d’entre eux, les plus âgés, installés dans le char, semblent costumés et tiennent des sortes de lances enrubannées. Le jeune garçon à la première place, devant, porte ce qui ressemble à un écu aux couleurs du drapeau français. Il semblerait qu’il s’agisse d’un défilé organisé à l’occasion d’un comice agricole mais… cette explication ne me satisfait pas pleinement. J’ai l’impression que quelque chose m’échappe…

Groupe FB « Le Morvan en photo »

Faire appel à une communauté, partager ses impressions, ses souvenirs, voilà une solution. Grâce au sympathique et dynamique groupe Facebook (privé) Le Morvan en photo, j’ai réussi à obtenir des éclaircissements. Un grand merci à Gilbert Jaux qui nous a permis de connaître un peu de l’histoire de ce tout petit coin du Morvan, coincé entre Glux-en-Glenne et Fâchin. Voici son commentaire :

Les habitants des Buteaux se constituent le 23 aout 1931 en « Commune Libre des Buteaux ». Une façon originale d’attirer l’attention des lecteurs de la presse locale. Une grande fête est organisée ! défilé historique et burlesque, concours de bourrées, musique, repas midi et soir, réception diverses avec remises de médailles souvenirs ; et puis pour clore le tout, élection du maire Arthur Berthier. Ici la photo représente un des chars du défilé.

Voilà qui confirme l’hypothèse que j’avais formulée quant à l’écu aux couleurs bleu, blanc, et rouge porté par l’enfant à la tête du char. Sans doute l’écu allait-il orner le fronton de la mairie de la commune libre des Buteaux.

Les Allemands et la conquête de la lune




Wernher von Braun, Les premiers hommes sur la lune, Albin Michel 1961, illustré.

Dans le flot de livres d’occasion qui me passe entre les mains toutes les semaines, celui-ci avait retenu mon attention : « Les premiers hommes sur la lune » c’est aussi le titre, à un mot près, d’un roman d’anticipation de H. G. Wells (1901). Mais ce n’était pas cela qui m’avait arrêté.

En ouvrant le livre, c’est avec le rabat de la première de couverture que cela m’est revenu : Wernher von Braun fut le concepteur des V2 meurtriers d’Hitler pendant la Seconde guerre mondiale. Je me rappelai alors que cet ingénieur responsable avait été rapatrié par les Américains. Je dis « rapatrié » car les USA lui avaient accordé une place à la NASA, la nationalité américaine et l’impunité… Dire que c’est grâce à un ingénieur SS que les USA ont pu gagner la « course aux étoiles ». Enfin, pas de polémique, pas de polémique ! Consultons plutôt l’ouvrage :

Schémas et vulgarisation pour un futur astronaute.
En apesenteur

Il s’agit en fait d’un récit anticipant un voyage vers la Lune ponctué de digressions techniques à vocation documentaire (schémas, textes). Récit et passages techniques sont illustrés par des dessins qui rappellent un peu le graphisme et le style de certains illustrateurs des années 70-80.

En pleine communication Lune-Terre

Enfin, moins de 10 ans après la parution de ce livre, la fiction devenait réalité : le 20 juillet 1969, Neil Armstrong pilote le LEM et alunit après quelques péripéties.

La voix de Colette

Colette : Ma mère et les bêtes, lu par Colette – La maison de Colette, lu par Anny Duperey » Collection « Ecrire, entendre » par les Editions des femmes

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Encore un article sur Colette me dira-t-on ! Qu’on m’excuse, je n’y peux rien. Le hasard me ramène souvent à elle… Cette fois-ci, c’est une ancienne cassette audio qui servira de prétexte à ma digression :

Après son mariage avec Willy en 1893, Colette aménagea dans la capitale. Son accent provincial et les mots de patois poyaudin, dont elle émaillait, à dessein, ses propos font fureur dans le Paris mondain ! Elle fut sans doute encouragée par Willy toujours à l’affût d’un bon mot et en incessante quête de renommée. Les publicitaires d’aujourd’hui diraient que Colette avait trouvé-là sa « signature sonore » : Colette était un personnage, Colette était une voix !

Comme nombre d’écrivains célèbres, Colette donna de sa personne devant les micros : elle anima une chronique à la radio en 1939, et, en 1949-50, Colette se prêta, pas toujours de bonne foi, à l’exercice de l’interview dans une série d’entretiens avec le journaliste André Parinaud qui tournaient parfois à la joute oratoire. Il faut d’ailleurs reconnaître à Colette une certaine habileté à composer son personnage tout en esquivant les questions insistantes, voire indiscrètes, du jeune journaliste.

Pour ses lecteurs, Colette lut des passages entiers de ses propres œuvres. Le public avait une préférence pour Sido et La maison de Claudine, œuvres dans lesquelles l’auteure évoque la figure maternelle et ses souvenirs d’enfance en Puisaye). Aujourd’hui, la voix de Colette, enregistrée sur bande magnétique ou gravée sur disques vinyles (33 tours), ne sont pas si faciles à trouver sur le marché de l’occasion !

Je ne peux mettre en ligne des extraits significatifs sans contrevenir à la réglementation défendue par la Sacem et, sait-on jamais, sans fâcher certains ayant-droits ­ je me rappelle que mon éditeur eut un « petit problème » à la sortie de mon livre La cuisine au temps de Colette il y a quelques années.

C’est bien dommage… Mais les admirateurs de Colette pourront, grâce à la radio du service public, retrouver la voix de Colette en téléchargeant gratuitement des épisodes de l’émission La compagnie des auteurs sur le site internet de France culture ici ou découvrir les célèbres entretiens entre Colette et André Parinaud en achetant les CD .

Examinons maintenant de plus près cet objet et interrogeons-nous ! La cassette a été éditée par les Editions des femmes et le MLF (on reconnaît le logo du poing levé, logé dans le cercle du symbole de Vénus). La voix de Colette porterait-elle les valeurs du féminisme ? D’ailleurs, à la mi-octobre, dans la cadre de la Maison Colette, n’organise-t-on pas Le festival International des Ecrits de Femmes à Saint-Sauveur-en-Puisaye ?

La plupart des biographes de Colette, restent prudents dans leur réponse. Même le magazine Causette n’est pas dupe (V. Le Bris, le 2 janvier 2019 à l’occasion de la sortie du « biopic » américain). Ce sera donc difficile de m’accuser de sexisme !

Sauf à prendre au premier degré sa déclaration à la revue Paris-Théâtre du 22 janvier 1910 : « Moi féministe ? Ah non ! Les suffragettes me dégoûtent […] Savez-vous ce qu’elles méritent les suffragettes ? Le fouet et le harem », il est vrai que la réponse est loin d’être simple. Dans certaines de ces œuvres (la description du comportement des femmes, Dans la foule par exemple) Colette n’est pas toujours tendre avec ses contemporaines…

Il est toujours tentant de récupérer l’œuvre et la vie d’un écrivain pour défendre des valeurs d’aujourd’hui, cependant, même si, on le sait, Colette était rétive à toute forme d’engagement idéologique, j’imagine qu’elle se serait associée à la cause des féministes différentialistes (la psychanalyse en moins…).
En effet, Colette désirait « faire ce qu’elle voulait ». Dans une société bourgeoise dominée par les hommes, elle voulait conserver son indépendance tout en restant femme ou « femelle », qualificatif qu’elle employait parfois. Bien sûr, on peut polémiquer : Colette fut moins indépendante qu’individualiste, voire égoïste… Au fond, elle ne parlait que d’elle… Elle sut « se caser » et utiliser les hommes de sa vie pour mener sa carrière… Elle fut elle-même une mauvaise mère, etc.

Au-delà des débats sur le féminisme supposé de Colette, ce qui m’interpelle, c’est la difficulté, pour les femmes, de concilier leur carrière artistique et les impératifs de leur vie sociale. Un fragment de l’Erotique des mots, écrit conjointement par Régine Deforges et Chantal Chawaf aux Editions du Rocher, intitulé « Ecrire sans oublier de préparer à dîner » me laisse penser que les générations d’écrivaines, dans la lignée de Colette, n’ont toujours pas réussi à résoudre ce dilemme. Ah ! J’oubliais ! Ce livre est paru dans la collection « Esprits libres » !

Un océan de théosophie

William Q. Judge, L’océan de théosophie, Edition de la Compagnie de théosophie, 2e édition, 1929, in-12, relié.

Reliure

Voici un livre curieusement relié : pour l’étape de la couvrure, l’artisan a utilisé ce qui semble être une matière végétale. A mes yeux, il s’agit de fibres séchées, comme de minces feuilles contrecollées sur les plats en carton. Comment les zébrures brun-sombre ont-elles été obtenues ? Par brûlure au fer ?

Sur le plat supérieur, on voit apparaitre un titre manuscrit sans doute ajouté postérieurement car cette reliure rend le livre totalement muet (dos et plat). Le titre a été écrit en lettres grasses, à l’encre bleu clair, et surligné de trois traits : « L’océan de théosophie ». Tranchefile, gardes et signet sont assortis aux tons bruns qui dominent dans cette reliure.

Mais, me direz-vous, c’est quoi au juste la théosophie ? L’étymologie du mot nous renseigne : il s’agit d’une démarche spirituelle consacrée à la recherche de la « sagesse de Dieu » à travers et, surtout, au-delà toutes les religions du monde (syncrétisme).

Bref, il s’agit d’un ouvrage d’ésotérisme, terme générique, catégorie fourre-tout bien commode pour classer l’inclassable entre religion, occultisme, paranormal, philosophies orientales, astrologie et autres parasciences… Wikipedia vous en dira plus long sur l’auteur et la théosophie.

Envoi

Ce livre comporte un envoi sur une des gardes blanches. Cet envoi à Mme Ravet, ne peut être de l’auteur W. Q. Judge car il est daté de 1940. La signature évoque l’emblème de la société de théosophie.

Enfin, ce livre est « truffé », il contient la carte de visite de l’époux de la lectrice (originaire de Papeete) et un prospectus de la Loge Unie des Théosophes à Tahiti (un prospectus d’aujourd’hui ici).

Extrait 1
Extrait 2

En fait, à la réflexion, en ce début de mois de septembre, alors que la rentrée s’annonce, moi aussi, comme Madame Ravet, j’aimerais bien philosopher à l’ombre des cocotiers, rêver à une vérité universelle, allongé sur une plage de Tahiti. Un peu comme Jacques Brel qui avait tout arrêté pour aller chercher « sa » vérité au large des îles Marquises… Mais, en attendant ce jour, je me contente d’imaginer que c’est un peu de l’eau salée d’une vague de l’océan Pacifique qui a fait se gondoler la page du frontispice.

Frontispice