De la surveillance des citoyens ou le livret d’ouvrier de Jean-Marie REVILLET (1858 – Auxonne).

Peut-être pensez-vous, influencés par la théorie du complot, que la surveillance, voire l’espionnage, des citoyens par l’Etat et par différentes formes d’autorité est un mal du siècle. Détrompez-vous, nos ancêtres aussi étaient « fliqués » et devaient rendre des comptes en bien des occasions. Aujourd’hui, ouvrons un livret d’ouvrier.

Couverture usagée pour un document administratif du quotidien

Le livret d’ouvrier est un document officiel créé sous le Consulat au début du XIXe siècle afin de satisfaire au besoin d’une plus stricte organisation des corporations de métiers et de faciliter le contrôle de la mobilité des populations par les forces de l’ordre ou, si l’on préfère, afin de « domestiquer le nomadisme des ouvriers ». Bref, de suivre les travailleurs à la trace.
Il reprend les caractéristiques du billet de congé qu’ils devaient posséder lorsqu’ils changeaient de patron. Sous Napoléon, la réglementation généralisa la détention du livret d’ouvrier puis l’usage disparut peu à peu avant le XXe siècle.

« Nouveau » depuis la loi de juin 1854

C’est justement pendant la période napoléonienne que Jean-Marie REVILLET vécut. Les premières pages sont des rappels à la loi (celle de 1854): le livret doit être acquis auprès de la Préfecture ou du Maire pour un montant plafonné à 25 centimes. Le patron doit remplir le livret et un registre à l’arrivée et au départ de son ouvrier et il doit être paraphé par un commissaire de police ou par le maire. Ainsi, en théorie, toute la carrière de M. Revillet tient dans ce carnet. S’il ne le détenait pas lors d’un contrôle des gendarmes, il pouvait alors être considéré comme passible du délit de « vagabondage » !

Le carnet doit bien sûr permettre d’identifier l’ouvrier, telle une pièce d’identité (voir ci-dessus). Le premier feuillet porte le cachet de la municipalité, et contient le nom et le prénom de l’ouvrier, son âge, le lieu de sa naissance, son signalement, la désignation de sa profession et le nom du maître chez lequel il travaille. Comme le veut la loi, les premières pages ont été visées par le commissariat de police (Chalon-sur-Saône) et il nous permet d’apprendre que Jean-Marie Revillet avait un physique bien ordinaire : de taille commune (1,60 -70 à l’époque, c’est la norme) et aucun signe distinctif mentionné dans la description du visage. Ce jeune homme travailla en qualité d’ouvrier apprenti à 19 ans, chez M. Prieur, mouleur à Chalon (voir ci-dessous).

Grâce aux mentions manuscrites des feuillets suivants, nous savons qu’au 28 janvier 1860, Jean-Marie Revillet quitte son maître d’apprentissage qui l’avait accueilli fin 1858. Après divers engagements à Chalon ou Chagny, le jeune homme travailla chez le fondeur Henry, successeur de l’ancienne fonderie Prieur. Un retour aux sources professionnelles en quelque sorte… Retour interrompu par la période 1870-71 plus troublée (guerre contre la Prusse). Le carnet devient muet à partir de 1880 bien que le livret d’ouvrier fût obligatoire jusqu’en 1890.

A la suite des feuillets vierges, on trouve un rappel à la réglementation, notamment les règles concernant le délit de coalition (aboli en 1864). Coalition d’ouvriers qui empêcheraient, par exemple, des non-grévistes d’aller travailler.

Après les droits et les devoirs des différentes parties signataires d’un contrat d’apprentissage, un tableau des distances Paris- chefs lieux de province clôt le carnet. Outil nécessaire au temps où les compagnons et les artisans devaient accomplir leur « Tour de France ». Enfin surtout utile aux Parisiens…

Avec les équivalences en lieues anciennes

Pour conclure, si vous vous demandez ce que pouvaient bien faire les ouvriers lorsqu’il y avait des « trous dans leur CV » comme on dit maintenant, rappelez-vous que nos ancêtres n’avaient pas le droit au chômage…
Pour les gendarmes de l’époque, pas de doute, chez un ouvrier, ce qui expliquait ces « trous », c’étaient la maladie, la guerre ou… la prison.

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