La voix de Colette

Colette : Ma mère et les bêtes, lu par Colette – La maison de Colette, lu par Anny Duperey » Collection « Ecrire, entendre » par les Editions des femmes

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Encore un article sur Colette me dira-t-on ! Qu’on m’excuse, je n’y peux rien. Le hasard me ramène souvent à elle… Cette fois-ci, c’est une ancienne cassette audio qui servira de prétexte à ma digression :

Après son mariage avec Willy en 1893, Colette aménagea dans la capitale. Son accent provincial et les mots de patois poyaudin, dont elle émaillait, à dessein, ses propos font fureur dans le Paris mondain ! Elle fut sans doute encouragée par Willy toujours à l’affût d’un bon mot et en incessante quête de renommée. Les publicitaires d’aujourd’hui diraient que Colette avait trouvé-là sa « signature sonore » : Colette était un personnage, Colette était une voix !

Comme nombre d’écrivains célèbres, Colette donna de sa personne devant les micros : elle anima une chronique à la radio en 1939, et, en 1949-50, Colette se prêta, pas toujours de bonne foi, à l’exercice de l’interview dans une série d’entretiens avec le journaliste André Parinaud qui tournaient parfois à la joute oratoire. Il faut d’ailleurs reconnaître à Colette une certaine habileté à composer son personnage tout en esquivant les questions insistantes, voire indiscrètes, du jeune journaliste.

Pour ses lecteurs, Colette lut des passages entiers de ses propres œuvres. Le public avait une préférence pour Sido et La maison de Claudine, œuvres dans lesquelles l’auteure évoque la figure maternelle et ses souvenirs d’enfance en Puisaye). Aujourd’hui, la voix de Colette, enregistrée sur bande magnétique ou gravée sur disques vinyles (33 tours), ne sont pas si faciles à trouver sur le marché de l’occasion !

Je ne peux mettre en ligne des extraits significatifs sans contrevenir à la réglementation défendue par la Sacem et, sait-on jamais, sans fâcher certains ayant-droits ­ je me rappelle que mon éditeur eut un « petit problème » à la sortie de mon livre La cuisine au temps de Colette il y a quelques années.

C’est bien dommage… Mais les admirateurs de Colette pourront, grâce à la radio du service public, retrouver la voix de Colette en téléchargeant gratuitement des épisodes de l’émission La compagnie des auteurs sur le site internet de France culture ici ou découvrir les célèbres entretiens entre Colette et André Parinaud en achetant les CD .

Examinons maintenant de plus près cet objet et interrogeons-nous ! La cassette a été éditée par les Editions des femmes et le MLF (on reconnaît le logo du poing levé, logé dans le cercle du symbole de Vénus). La voix de Colette porterait-elle les valeurs du féminisme ? D’ailleurs, à la mi-octobre, dans la cadre de la Maison Colette, n’organise-t-on pas Le festival International des Ecrits de Femmes à Saint-Sauveur-en-Puisaye ?

La plupart des biographes de Colette, restent prudents dans leur réponse. Même le magazine Causette n’est pas dupe (V. Le Bris, le 2 janvier 2019 à l’occasion de la sortie du « biopic » américain). Ce sera donc difficile de m’accuser de sexisme !

Sauf à prendre au premier degré sa déclaration à la revue Paris-Théâtre du 22 janvier 1910 : « Moi féministe ? Ah non ! Les suffragettes me dégoûtent […] Savez-vous ce qu’elles méritent les suffragettes ? Le fouet et le harem », il est vrai que la réponse est loin d’être simple. Dans certaines de ces œuvres (la description du comportement des femmes, Dans la foule par exemple) Colette n’est pas toujours tendre avec ses contemporaines…

Il est toujours tentant de récupérer l’œuvre et la vie d’un écrivain pour défendre des valeurs d’aujourd’hui, cependant, même si, on le sait, Colette était rétive à toute forme d’engagement idéologique, j’imagine qu’elle se serait associée à la cause des féministes différentialistes (la psychanalyse en moins…).
En effet, Colette désirait « faire ce qu’elle voulait ». Dans une société bourgeoise dominée par les hommes, elle voulait conserver son indépendance tout en restant femme ou « femelle », qualificatif qu’elle employait parfois. Bien sûr, on peut polémiquer : Colette fut moins indépendante qu’individualiste, voire égoïste… Au fond, elle ne parlait que d’elle… Elle sut « se caser » et utiliser les hommes de sa vie pour mener sa carrière… Elle fut elle-même une mauvaise mère, etc.

Au-delà des débats sur le féminisme supposé de Colette, ce qui m’interpelle, c’est la difficulté, pour les femmes, de concilier leur carrière artistique et les impératifs de leur vie sociale. Un fragment de l’Erotique des mots, écrit conjointement par Régine Deforges et Chantal Chawaf aux Editions du Rocher, intitulé « Ecrire sans oublier de préparer à dîner » me laisse penser que les générations d’écrivaines, dans la lignée de Colette, n’ont toujours pas réussi à résoudre ce dilemme. Ah ! J’oubliais ! Ce livre est paru dans la collection « Esprits libres » !

2 réflexions sur “La voix de Colette

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