Colette, Hélène et la poésie

Dans ma bibliothèque, je n’ai pas « tout » Colette et ce n’est pas seulement une question d’encombrement. D’abord, je n’aime pas « tout » Colette ensuite, sur la petite étagère du haut, j’ai laissé un peu de place pour les livres consacrés aux proches de la célèbre écrivaine. Voici le dernier que j’ai trouvé : un roman d’Hélène Picard. Hélène Picard fut d’abord la secrétaire de Colette lorsqu’elle exerçait ses talents de journaliste au Matin puis devint une de ses amies de plume, une confidente à qui Colette resta fidèle jusqu’à la fin. Elles ne furent pas si nombreuses que cela…

H. Picard, Sabbat, J. Ferenczi et fils, 1923.

Dans les années vingt, Colette dirigea une collection à son nom chez son éditeur Ferenczi, éditeur populaire que les bibliophiles connaissent principalement pour sa collection Le livre moderne illustré aux premières de couvertures ornées de gravures sur bois (plusieurs titres de Colette adoptèrent ce format dont La maison de Claudine). Elle fit donc publier les livres de ses amis et de ses jeunes protégés (Colette fut une découvreuse de talents).
Les habitués reconnaissent du premier coup d’œil la signature visuelle des couvertures colettiennes : aucune illustration (pas même un cul-de-lampe ou un fleuron), nom de l’auteur et titre mis à l’honneur avec une police de caractères épurée, de grande taille, aux couleurs noire et rouge, sur une couverture au papier blanc-crème.

Préface

Colette, dans sa préface (voir ci-contre), s’accuse d’avoir jeté son amie à la prose. En effet, Hélène Picard est poète et Sabbat est présenté comme son premier roman. En fait, il s’agit davantage d’une œuvre autobiogra-phique, d’une divaga-tion emprunte de lyrisme (que, person-nellement, j’ai eu du mal à suivre) dont les épisodes tiennent à la fois de la figure de la femme – sorcière et de celle du poète maudit.

Préface Colette 2

Dès sa naissance, sa mère a des visions de chat noir au berceau. Les gens de maison prétendent que la petite est promise à Satan car (chap. 1) « on a eu l’imprudence, pendant que Madame était enceinte, de fouiller les caves où le grand-père défunt qui passait pour un maudit, cacha, raconte-t-on, des monceaux d’or. » Mais c’est surtout par sa condition de femme, de femme bourgeoise de la fin du XIXe siècle, qu’Hélène est sorcière.

Incipit

Voici deux courts extraits du début du chapitre intitulé La nuit d’une femme de qualité dénonçant le mauvais sort que la société réserve aux femmes de l’époque : « Entrons chez la dame de qualité dûment baptisée et catholique dans l’âme, c’est-à-dire par le sadisme. […] A quoi pense-t-elle ? Au viol. Toujours, au viol. Cette fois, il est consommé dans l’appareil légal. La dame de qualité pense à sa nuit de noce. Et que veux-tu ? Elle a le souvenir mathématique, cette charmante femme. »

Invocation

Enfin, il est vrai que le destin d’ Hélène Picard a quelque chose de celui d’un poète maudit : un mariage qui tourne mal, un amour non partagé, la maladie et la solitude, la folie à l’approche de la mort… A une différence près cependant : elle connut une certaine renommée de son vivant.

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