Littérature de jeunesse (1) Le pays où l’on arrive jamais – André DHOTEL

Le Pays où l’on n’arrive jamais écrit par André Dhôtel (1955)
Impressions, critiques et résumé par chapitre

Sorti en 1955 aux éditions Pierre Horay, récompensé par le Femina, Le Pays où l’on n’arrive jamais est un roman écrit par André Dhôtel, écrivain aux textes singuliers, tombé dans l’oubli auprès du grand public et des medias aujourd’hui.
Ce livre raconte les aventures de deux enfants, Gaspard Fontarelle et Hélène Drapeur, partis à la recherche de « Maman Jenny », la mère d’Hélène. Ils seront aidés dans leurs recherches par plusieurs personnages dont un mystérieux cheval à la robe pie. L’histoire débute dans les Ardennes, région natale de l’auteur, et se déroule pour partie en Belgique.

Il semblerait que ce livre, par ses qualités, ait marqué des générations de jeunes lecteurs : en témoignent  les commentaires laissés sur Babelio et les nombreux résumés disponibles sur le web. Le pays où l’on n’arrive jamais s’est également imposé comme un classique de la littérature de jeunesse grâce aux enseignants qui l’ont adopté comme support de cours dans les années 60 à 80.

Il faut bien dire que, malgré le relooking commercial des premières de couverture des récentes rééditions comme celle de 2015 – illustrations « vintage » que je trouve d’ailleurs assez laides, ce récit a pris un coup de vieux face à la créativité de certaines productions actuelles de la littérature pour la jeunesse.

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Comme je n’ai pas lu ce livre dans ma jeunesse, j’ai découvert André Dhôtel (merci Wikipedia) et son récit sans a priori, sans le regard nostalgique que l’on porte habituellement sur les livres qu’on a aimé étant enfant. Au premier abord, ce récit m’a paru, à l’image des illustrations des éditions anciennes, un peu suranné et j’ai eu du mal à m’y attacher. Les thèmes principaux du roman : la recherche des origines familiales, l’errance et le monde des forains évoquent fortement Sans famille d’Hector Malot.
Les personnages reposent sur des stéréotypes, à peine renouvelés, de la littérature enfantine du XIXe siècle : M. Drapeur, diamantaire et père adoptif d’Hélène, fait fonction de méchant beau-père ; Parpoil, son homme de main, une sorte de Passepartout maléfique, est, bien entendu, un diable roux ; Emmanuel Residore joue le rôle du riche excentrique et, enfin, le cheval blanc (pardon, pie) du prince charmant arrive à point nommé (mais sans prince charmant) d’on ne sait où pour protéger et guider Gaspard et ses compagnons.
Les interventions du narrateur sont parfois lourdes : « Pourquoi s’attendre à rencontrer Maman Jenny ? Mais écoutez ce qui arriva. » et chargées de valeurs morales qui paraissent aujourd’hui dépassées : « Il est bon de corriger ses défauts, mais on ne peut y parvenir sans une grâce du ciel ». Etaient-elles censées créer une ressemblance avec la morale et le mode de narration des contes d’antan ?

M. Soriano dans une courte étude des livres policiers pour enfants, présente Le Pays où l’on n’arrive jamais comme « la contamination du roman policier et du conte de fée » (Soriano Marc, Les livres pour enfants in Enfance, tome 10, n°2, 1957. pp. 183-191). Aucune féerie ni merveilleux dans ce roman solidement ancré dans la géographie réelle (Meuse, Anvers, Rocroi,) où les personnages se déplacent en train, en voiture, en yacht, en péniche ou en roulotte. Nulle magie, nul sortilège, à peine Gaspard souffre-t-il d’une sorte de malédiction, une capacité innée pour attirer les ennuis ce qui, finalement, ne nuit pas, au contraire, à ses recherches et, bien sûr, sert de prétexte à de multiples rebondissements dans l’intrigue.
Quant au genre policier, je n’en ai pas reconnu les principales caractéristiques dans ce récit : pas de crime ni de délit, pas de coupable ou de responsable à démasquer, pas de jeu de cache-cache entre voleurs et justiciers en herbe… Juste, chez les deux enfants, une volonté farouche de résister contre leurs projets que les adultes forment pour eux. Ils s’entêtent à vivre leur rêve, à croire à l’existence du « grand pays » (le lecteur jugera, au passage, la pertinence du symbole judéo-chrétien du paradis). Pourtant, au chapitre 11, Gaspard et ses amis renoncent à aider Hélène puisqu’elle est sur le point de devenir une actrice suffisamment riche pour financer ses recherches !
S’agirait-il alors d’un roman de type initiatique puisqu’il s’agit d’une quête plus que d’une enquête ? Certes, il s’agit de retrouver ses racines familiales et un peu de sa véritable identité mais il manque le principal : les personnages, ne progressent pas, n’évoluent pas vers l’âge adulte, alors qu’ils ont tous au moins atteint l’adolescence. Les étapes du voyage de Gaspard ne le confrontent pas directement à la mort, à l’amour. D’ailleurs, sur ce dernier point, l’idée du travestissement de la jeune Hélène n’est finalement qu’un artifice qui n’a exercé aucune fonction dans le récit.
Il faut même un long chapitre final (de l’aveu même de l’auteur) pour en finir avec cette quête qui n’en est pas vraiment une puisque c’est le cheval pie qui guide nos héros vers le stand de Maman Jenny (c’est même écrit sur la toile de tente ! Le bonheur, c’est simple en fin de compte/de conte, c’est écrit dessus !).
Enfin, la scène de reconnaissance entre Hélène et sa mère est bâclée en quelques paragraphes (pp. 240-241 pour mon édition de poche). Scène ponctuée de silences qui ne traduisent même pas une forme de pudeur qui contrebalancerait l’intensité et la solennité de l’instant où la quête s’achève après tant d’efforts. Scène de retrouvailles hésitantes, sans joie, presque sans émotion – pour ne pas dire écrite sans talent. Il s’agit surtout pour l’auteur de produire une « preuve immédiate et irrécusable » et de justifier la résolution du mystère par un discours explicatif fondé sur les souvenirs de guerre de Maman Jenny. Que le grand pays m’a paru finalement froid et triste…

Le pays où l’on arrive jamais : illustration de J.-L. Morelle.

Bref, pour un livre présenté par l’éditeur comme « un des plus merveilleux romans de la littérature contemporaine », même si je sais qu’il faut toujours se méfier des quatrièmes de couverture trop aguicheuses, j’ai été un peu déçu. Sincèrement, je suis désolé de ne pas partager le ravissement des lecteurs qui ont donné leur avis sur le web.

Pour finir, je vous propose un résumé chapitre par chapitre. Mais lisez le roman et faites-vous une idée !

Chapitre 1 : La jeunesse de Gaspard

A Lominval, bourg des Ardennes, le jeune Gaspard Fontarelle, élevé par sa tante à l’Hôtel du Grand Cerf, vit une étrange jeunesse : la malchance semble le poursuivre. Pourtant, il sort toujours indemne des mésaventures extraordinaires qui lui arrivent. Un jour, au détour de l’église du village, il croise le chemin d’un jeune garçon qui a fugué et assiste à son arrestation.

Chapitre 2 : L’enfant perdu

Le fugueur, nommé Drapeur, est retenu dans une des chambres de l’Hôtel du Grand Cerf. Gaspard surprend les conversations des adultes, il apprend alors que le jeune garçon est originaire d’Anvers et qu’il est parti à la recherche de son pays natal. Plus tard, dans la soirée, Gaspard parvient à communiquer avec lui par le biais de la tuyauterie de chauffage. Il lui propose de l’aider à s’échapper. Gaspard fait diversion en brisant un miroir dans la salle du restaurant mais il se blesse. Finalement, les deux garçons sont rattrapés.

Chapitre 3 : Le cheval pie et le coiffeur

Au bout de trois semaines, Gaspard est remis de ses blessures. Drapeur a été ramené à Anvers par son père. Afin d’éloigner Gaspard de toute influence, sa tante l’envoie fréquemment en forêt afin de cueillir des fruits pour le restaurant. Un jour, Gaspard se rend compte qu’il est suivi par un cheval sauvage. Une fois dompté, ce dernier l’emmène à travers la compagne dans les bois de la vallée de la Meuse. Un soir, il s’arrête dans une grange abandonnée où un vagabond lui indique la direction du village de Fumay où il doit se rendre. Le lendemain, le cheval dépose Gaspard chez le coiffeur du village : M. Baisemain.

Chapitre 4 : Théodule Residore

A Fumay, M. Baisemain dit à Gaspard qu’il y a quelque temps, il a coiffé un jeune garçon blond d’une quinzaine d’années qui rentrait à Anvers accompagné de son père. Gaspard est partagé : il voudrait rejoindre Drapeur pour l’aider mais il a envie de rentrer chez lui, à l’hôtel du Grand Cerf auprès de sa tante. Le coiffeur invite Gaspard à se rendre à Vireux afin de rencontrer un certain Théodule Residore, une personne pleine de sagesse qui saura le guider. Le jeune garçon reprend donc la route. Arrivé à la ferme de l’étrange Monsieur Residore, un jeune garçon sourd de l’âge de Gaspard, celui-ci lui conseille de se rendre en Belgique où des amis pourront l’aider dans son voyage. Théodule Residore et Gaspard se rendent en Belgique à vélo. Après un voyage en péniche, Gaspard arrive à Merksem, aux environs d’Anvers.

Chapitre 5 : Niklaas et ses musiciens

Gaspard arrive enfin à Anvers. Grâce aux recommandations de Théodule Residore, Gaspard rencontre Niklaas et sa troupe de jeunes musiciens. Ils l’accueillent au sein de leur groupe et l’aident à retrouver la trace de Drapeur, retenu par son père adoptif sur un luxueux bateau. Une nuit, Gaspard tente de monter sur le yacht pour rejoindre Drapeur mais son plan échoue et, sa fuite étant impossible, il est obligé de se cacher à bord. Le lendemain matin, le bateau lève l’ancre avec Gaspard à son bord…

Chapitre 6 : Une étrange croisière

Gaspard est rapidement découvert. Lorsqu’il est présenté à Monsieur Drapeur et à son assistant Parpoil, personne ne le reconnaît. Considéré comme un passager clandestin, il est forcé à travailler avec le cuisinier du bord. La nuit, on l’enferme dans un réduit, une sorte de placard, percé d’un hublot qu’il parvient à ouvrir au bout de plusieurs tentatives. C’est ainsi qu’il parvient à surprendre les conversations entre Monsieur Drapeur et son assistant. Il apprend alors que Drapeur, le jeune garçon à qui il semble si mystérieusement lié, est en fait une jeune fille prénommée Hélène. Douée pour la musique, son père adoptif a prévu de l’amener aux Bermudes afin d’éviter qu’elle ne s’enfuie à nouveau. Logée chez les Smithson pendant deux ans, il pense qu’elle oubliera son rêve : retrouver le pays de son enfance.

Chapitre 7 : Le grand pays

La nuit suivante, Hélène vient retrouver Gaspard. Elle lui confie d’abord ses souvenirs de sa vie à Anvers.  Ensuite, elle lui explique comment, après avoir retrouvé un vieux livre d’images qu’elle lisait quand elle était petite, lui est venu l’idée de retrouver le pays de son enfance : celui de « maman Jenny au grand pays ». Le lendemain, les deux enfants conçoivent un plan : une fois débarqué, Gaspard devra retrouver la maison des Smithson pour rejoindre Hélène et lui permettre de s’échapper.

Chapitre 8 : Le retour

Malheureusement, le plan d’évasion tourne mal : Hélène, suspendue à une corde tombe depuis le second étage de la maison et se blesse gravement. Gaspard est obligé de regagner le bateau et d’attendre, dans l‘angoisse, des nouvelles de la blessée. Monsieur Drapeur vient le rejoindre et lui propose de faire croire à Hélène qu’il poursuit les recherches pour elle en attendant qu’elle se lasse. Mais Gaspard doute que la jeune fille oublie son projet de retrouver le pays de son enfance. De retour sur le continent, M. Drapeur oblige Gaspard à retourner chez lui en train.

Chapitre 9 : Au pays des châteaux

Mais à peine le train a-t-il pris son départ que Gaspard ouvre la portière et saute avant que le convoi ne prenne de la vitesse. Une fois sorti de la gare d’Anvers, Gaspard cherche à rejoindre la troupe de M. Niklaas qu’il avait laissée derrière lui après son embarquement clandestin sur le bateau de M. Drapeur. Pendant plusieurs semaines, la troupe remonte le cours de la Meuse et finit par arriver à Treinte. Une nuit, Gaspard ressent l’envie d’aller en forêt. Il entraine avec lui ses deux jeunes compagnons Ludovic et Jérôme. Après s’être égarés, les enfants s’introduisent dans le parc d’un château car ils croient y reconnaître le panorama du « grand pays » tant recherché, celui du souvenir d’enfance d’Hélène. En tentant de s’introduire dans le château par une fenêtre, Gaspard tombe nez-à-nez avec le maître des lieux.

Chapitre 10 : Les infinies ressources d’Emmanuel Residore

Le propriétaire se nomme Emmanuel Residore et il somme Gaspard de raconter son histoire. M. Residore est un producteur de cinéma richissime et excentrique. Comme il adore les histoires romanesque, il propose d’aider Gaspard et Hélène dans leur quête. Gaspard, conduit par Bidivert le majordome de M. Residore, revient à Treinte où il retrouve Niklass et sa troupe de musiciens. Gaspard rejoint Hélène dans sa résidence d’été de Temschen puis la ramène au château de M. Residore. Là, Hélène apprend que l’ancien propriétaire du château, le général Horpipe avait une fille, actrice, qui s’appelait Jenny Bertrand. La famille avait dû quitter le château en 1940. Ainsi, « maman Jenny » avait été obligée d’abandonner sa fille pendant la fuite face à l’armée allemande pendant la guerre. Gaspard retourne seul auprès de Niklass. Il semblerait qu’Hélène, protégée par M. Residore, n’ait à présent plus besoin de son aide. Le jeune garçon se prépare donc à retourner chez sa tante.

Chapitre 11 : Comment on en vient à corriger ses défauts

Mais, sur le chemin du retour, Gaspard décide de revoir Hélène une dernière fois et, surtout, il a l’intuition qu’il lui faut retourner chez M. Residore. Arrivé seul au château, il erre de salle en salle avant de rencontrer Parpoil, le méchant assistant de M. Drapeur. Gaspard s’enfuit puis est sauvé par le cheval pie qui l’emmène en direction de Vireux où se trouve la maison de Théodule Residore (chap. 4), le propre fils d’Emmanuel Residore. Comme Gaspard s’en doutait, la présence de Parpoil était une mauvaise nouvelle : Emmanuel Residore et M. Drapeur s’étaient entendus pour inventer une histoire de général et de mère actrice afin de convaincre Hélène de rester au château et de devenir elle-même actrice. Théodule Residore et Gaspard décident de rejoindre Niklaas et tentent, sans succès de parler à Hélène. Finalement, tous se résignent en pensant qu’Hélène trouvera le bonheur dans sa nouvelle vie. Mais, lors d’un dernier repas, avant que chacun ne reparte chez soi, sorti soudainement de la forêt, un ours attaque la troupe.

Chapitre 12 : Ou l’on découvre enfin le grand pays

L’ours effraye tout le monde mais, en fait, il s’agit d’un ours apprivoisé que Ludovic parvient à calmer. Sous le coup de la peur, Théodule Residore, qui était sourd, entend à nouveau. L’ours est finalement enfermé dans la camionnette de Théodule Residore . Ce dernier et Gaspard reviennent à Vireux alors que Niklaas et ses deux enfants reprennent leur tournée. Après s’être renseigné, Théodule apprend que l’ours provient des studios de cinéma de son père, Emmanuel Residore. Les deux jeunes garçons décident de ramener l’animal aux studios, le lendemain. Dans l’espoir d’y rencontrer une dernière fois Hélène, Théodule et Gaspard explorent les studios mais ils provoquent des catastrophes dans les décors et sur les plateaux de tournage. Ils parviennent enfin à s’échapper avec l’aide d’Hélène. Celle-ci décide de rester tout l’après-midi avec Gaspard avant de rentrer aux studios. Ils croisent alors la route de la roulotte de la compagnie de Niklaas dirigée par le cheval pie qui était venu les rejoindre. Niklaas, ses deux enfants, Gaspard et Hélène sont guidés jusqu’à une petite ville où se déroule une fête foraine. Il s’arrête près d’une tente sur laquelle est écrit « Maman Jenny ». Hélène et sa mère se reconnaissent grâce au bracelet que porte la jeune fille, un des rares souvenirs de sa jeunesse. Après de longues retrouvailles, c’est au tour de Gaspard de rencontrer son père, lui aussi forain. Désormais, Hélène et Gaspard ne quitteront plus jamais le grand pays.

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